Même si chaque individu animal n’est pas une copie conforme de ses congénères de la même espèce, car le brassage génétique et l’influence de l’environnement en font un spécimen unique, il reste tout de même possible de faire des généralités sur le comportement d’une espèce sauvage.
Par exemple, nous pouvons affirmer que l’éléphant d’Afrique (Loxodonta africana) vit en troupeau dont la structure sociale est matriarcale, que l’inséparable rosegorge (Agapornis roseicollis) vit en couple très uni, ou que la zoropse à pattes épineuses (Zoropsis spinimana) ne fréquente ses congénères que pour se reproduire.
Concernant le comportement social du chien, il est beaucoup plus difficile de faire des généralités, tout simplement parce qu’il n’est déjà pas évident de définir ce qu’est un chien.
Quand nous pensons « chien », il nous vient à l’esprit l’image de notre compagnon de tous les jours, celle du labrador du voisin ou du cocker de « La Belle et le Clochard ». Nous avons une vision occidentale du chien. Or, sur la planète, les trois quarts des chiens ne correspondent pas à cette image : ils vivent libres, proches des habitations humaines pour pouvoir se nourrir de leurs restes et de leurs déchets certes, mais ils ne sont pas les chiens au pelage brillant et à l’affixe à rallonge que nous promenons au bout de notre laisse.
Le chien est l’espèce animale dont le phénotype est le plus variable sur Terre. Et qui dit phénotype, dit aspect physique, mais aussi comportement exprimé par l’animal. Rien n’est donc plus différent d’un chien qu’un autre chien. Aucune espèce domestique n’a autant subi l’influence de l’homme que le chien, et la sélection drastique exercée sur ce dernier en fonction, principalement, des missions que l’on a voulu lui confier, a mené à des races, des lignées et des individus totalement différents les uns des autres, au point que, parfois, ces derniers peuvent même avoir du mal à se comprendre.
Comme si cela ne suffisait pas, la niche écologique du chien est tellement différente d’un individu à un autre qu’elle apporte encore d’énormes variations dans le comportement social de l’espèce.
En bref :
On n’observera pas la même dynamique sociale entre trois Carlins vivant dans la même maison qu’entre une meute d’Anglo-Français livrés à eux-mêmes dans un chenil, ou qu’entre un groupe de Malamutes vivant au fin fond de l’Alaska.
Faire cohabiter plusieurs Bull Terriers ensemble peut s’avérer compliqué, tandis que c’est beaucoup plus facile avec des Beagles ou des Huskies.
Les Labradors communiquent avec générosité, en exagérant leurs postures, tandis que les Akitas sont plus réservés et plus économes en matière de signaux de communication.
Chez les chiens libres, on observe des individus très sociables et d’autres qui ne se regroupent qu’occasionnellement avec des congénères.
Aucun groupe de chiens ne fonctionne exactement comme un autre, aucun individu canin ne communique comme un autre. Nos chiens, occidentaux ou non, sont encore beaucoup trop sous l’influence de la sélection humaine pour que l’on puisse décrire leur comportement social en de grandes lignes.
On ne retrouve une certaine homogénéité en termes de comportement que chez les chiens ayant échappé à l’influence de l’homme il y a plusieurs millénaires, comme le Dingo (qui est d’ailleurs devenu une sous-espèce de Canis lupus). Mais notre chien domestique, lui, est un sujet d’étude compliqué de par sa diversité. Notre chien bien-aimé, en fait, est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Et cette variété, sans aucun doute, fait partie des raisons qui expliquent qu’il nous fascine autant.
Elsa Weiss / Cynopolis
© Tous droits réservés - 2025

Comments